Une troisième ère de l’internet: le retour nécessaire au local

2018-09-21T08:23:39+00:00 12 septembre 2018|Catégories : Blog|Mots-clés : , , , |Commentaires fermés sur Une troisième ère de l’internet: le retour nécessaire au local
--Une troisième ère de l’internet: le retour nécessaire au local

      En 2017, au SXSW (Austin, TX), nous observions une nouvelle tendance en terme d’usages : le retour au local. En effet, le digital devenant partie intégrante de sa vie (avec Intelligence Artificielle (AI), l’Internet of Things IOT) l’homme, ayant accepté les nouveaux usages, souhaite un meilleur contrôle de sa vie.

        Pour certains,  comme Steve Case, l’ancien patron d’AOL, c’est la troisième vague d’internet:

  • La première consistait à connecter tout le monde à AOL fin des années 90
  • La deuxième, c’était les GAFA avec les apps, les nouveaux services autour desquels se développent les usages nouveaux notamment autour des réseaux sociaux.
  • Et maintenant,  la troisième c’est l’émergence locale. Pour que l’IOT et l’intelligence artificielle se développent, il faut une acceptation qui passe par de la transparence et du contrôle, donc une dimension locale.

       Ce qui empêche aujourd’hui le développement de l’IOT c’est, d’un côté, l’absence de “killer app”: une utilisation nouvelle qui nous emballe tous à l’exemple du smartphone … et d’un autre, une inquiétude générale, une méfiance croissante vis à vis des grands acteurs digitaux

Il y a trois questions restées sans réponse probante (comme nous le verrons dans Marketing 4.0) :

  1. Explique-moi comment tu utilises toutes les données personnelles que tu récoltes à mon insu et notamment l’usage que tu fais de la lecture de mes sentiments captés sur mon visage à chaque fois qu’une caméra me prend en photo ?
  2. Explique-moi aussi quelle Intelligence Artificielle il y a derrière tout cela ?
  3. et aussi comment avec tous ces IOT autour de moi, tu me protèges des  failles de cyber sécurité permettant à des hackers de lancer des attaques depuis mes objets numériques vers ceux de quelqu’un d’autre ?

 

Coup de gueule de Shelly Palmer au CES 2017 :

Il dit : “les gars, c’est bien gentil de dire « OK Alexa, fais-moi ci, fais-moi ça ». Les gens adorent, ça va 4 fois plus vite que de taper du texte… Et Alexa vous répond avec sa voix charmante, soit avec un joke, soit avec la musique qui va bien, etc. Mais quand vous avez dit « OK Alexa » il enregistre toutes vos conversations, tout le temps même s’il ne s’active que pour faire une action.”

Donc potentiellement, super Big Brother est dans toutes les chambres de votre maison. Il y a eu en 2016 un cas d’homicide conjugal aux Etats-Unis dans lequel la police a demandé pour son enquête à Amazon de récupérer les enregistrements Alexa disponibles. Amazon a répondu qu’il n’enregistre que les 30 secondes après que le mot “Alexa” ait été prononcé. Ceci  a semblé convaincre le FBI, mais pas forcément les experts au SXSW.
Bien évidemment, ce n’est pas une menace imminente, c’est juste un potentiel de catastrophe. Mais il convient de réfléchir un minimum à froid pour savoir si on est bien d’accord avec le fait qu’un des 4 Clouds de l’IOT : Samsung, Google, Amazon ou Apple va enregistrer votre vie, et sera votre Tiers de ConfIance.

D’autre part, ces Clouds sont soit disant connectables, mais si vous voulez faire vraiment du big data, il vous faudra rester au sein d’un même cloud parce que le service sera bien meilleur, disent-ils. Et d’ailleurs au dernier CES, on voit de plus en plus d’objets connectés qui sont « Alexa compatibles », « Alexa API »

          Nous allons voir cette tendance du retour au local au travers de deux exemples.

Première illustration de cette tendance avec un rappel historique. A Austin, justement, en mai 2016, les grands acteurs Lyft et Uber ont plié bagages du jour au lendemain après avoir perdu un référendum local qui devait les rendre libres par rapport à une demande de la municipalité de faire du « background check » sur tous leurs conducteurs ce qu’ils refusaient complètement. Les électeurs d’Austin ont rejeté cette proposition malgré l’intense effort de lobbying de Lyft et Uber en disant ”qu’est-ce que c’est que ces out-of-towner, ces étrangers qui ne respectent pas les lois locales et qui veulent nous imposer leur façon de faire !”.

           Après leur départ précipité et comme il y a beaucoup d’entrepreneurs à Austin, les 10 000 conducteurs laissés sur le carreau ont été à nouveau embauchés par des nouvelles sociétés de sharing economy, Fasten, Fare et notamment Ride Austin qui n’est plus une “for profit company” mais une coopérative.

          Cet exemple illustre un développement très intéressant avec enfin une vraie activité de sharing economy qui met au centre une structure de partage et non plus une pompe qui aspire le cash en ramenant tout le profit en Silicon Valley.  

          Pour continuer l’histoire qui ne s’arrête pas là, Uber et Lyft ont gagné au niveau de l’état du Texas qui a considéré qu’une enquête fouillée sur les chauffeurs n’était pas nécessaire et sont donc revenus à Austin en Juin 2017 et ont regagné quasi instantanément 50% de leur part de marché d’antan grâce à leur marque forte. On va voir si l’on assiste à un partage entre les acteurs locaux qui servent les locaux et les grands acteurs internationaux qui servent les visiteurs qui ne veulent pas dans chaque ville découvrir une nouvelle app.

          Deuxième illustration avec le “reverse pitch”: Après l’effet Trump, les participants au SXSW en majorité démocrates, commencent à comprendre leurs erreurs passées au niveau du développement économique en laissant sur le côté tout le centre du pays qui a subi les aspects négatifs de la globalisation et de la digitalisation. Il faut avoir des entrepreneurs, des VC partout dans le pays et non pas continuer comme aujourd’hui avec 85% des  investissements VC allant sur les deux côtes Est et Ouest. Lors d’une table ronde intéressante au SXSW 2017, des acteurs du Nebraska expliquent leur  système de “reverse pitch“ dans lequel c’est la grande entreprise par exemple l’hôpital local ou la Real Estate Company, qui pitche aux start-up ( … et non les start-up qui pitchent). Elles expliquent à des « would be » entrepreneurs: « Voilà mon problème. Je ne veux pas le faire faire par mon informatique interne. Je n’ai pas vocation à résoudre ce problème mais il y a bien parmi vous quelqu’un qui le fera. ». Le candidat entrepreneur va séduire le donneur d’ordre et obtient le contrat. Il travaille tout de suite comme prestataire sur la problématique du client et entrevoit éventuellement la possibilité de vendre cette solution à d’autres clients. L’avantage, c’est qu’il a tout de suite son client payant et sa première référence. De plus il peut rejoindre un accélérateur type  “Y combinator” qui va l’aider en échange de ~ 6% de son capital.

           Avec ce trend local, on trouve une volonté très forte et très belle de diffuser toutes ces nouvelles technologies, ces nouvelles possibilités, en copiant dans chaque région, dans chaque village ce qui a marché ailleurs. On vient, en quelque sorte “hacker” le système mais dans une volonté d’économie circulaire.

         Ceci nous rappelle, en contre-point positif, l’excellent exposé au SXSW 2016 de Rushkoff qui a écrit le livre “Throwing rocks at the Google bus” et qui explique que le pire des modèles économiques, c’est quand une boîte extérieure vient aspirer tout le cash d’une région et ensuite se retire après avoir asséché le tissu local. C’est ce que fait régulièrement Walmart depuis des années … et qui maintenant ferme 200 magasins par an aux USA.

         Rappelons-nous aussi le film de Cyril DION et Mélanie LAURENT « Demain » avec toutes les expériences de monnaie locale, d’économie circulaire … où les gens reprennent l’initiative localement.

  • L’espoir d’une troisième ère de l’Internet qui redonne le pouvoir au local. Elle permet aux acteurs de comprendre et s’approprier les sujets d’automatisation, d’intelligence artificielle, de robotique… , pour y voir les bénéfices dans leur vie de tous les jours et dans leur économie locale.
  • Cela répondrait à l’interrogation du sens
  • Tout ceci doit s’inscrire dans une économie circulaire et non une économie globale qui assèche le local  (Lire “Throwing rocks at Google Bus” et voir le film DEMAIN)

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