Impact de la route de la soie sur le supply chain de Décathlon

2018-10-05T11:50:38+00:00 18 septembre 2018|Catégories : Blog|Mots-clés : , , , |0 commentaire
--Impact de la route de la soie sur le supply chain de Décathlon

Après avoir compris la stratégie à la fois de fabrication et de développement produit de Decathlon, il est intéressant de mieux comprendre comment la route de la soie va en avoir un impact sur celle-ci.

Donc vous vous souvenez, la route de la soie lancée en 2013 par le président actuel chinois, consiste à prêter de l’ordre de 150 milliards par an à 68 pays pour mener à bien des projets d’infrastructure que ce soit terrestre maritime ou aérien pour sécuriser les routes d’approvisionnement et d’exportation de l’économie chinoise.

Suivant les recommandations du gouvernement chinois qui, en 2013, a initié les Nouvelles Routes de la Soie (一带一路; One Belt, One Road), les entreprises chinoises accélèrent leur présences à l’étranger par des prises de participations et des rachats.

Les nouvelles routes de la soie seront officiellement terminées en 2049. Occasion de célébrer les 100 ans de la République Populaire de Chine et le retour de l’Empire du milieu au centre de l’échiquier mondial.

Ces nouvelles routes logistiques (maritimes, ferroviaires et aériennes), vont permettre aux entreprises chinoises d’élargir leurs offres de produits et services, et renforcer leur présence dans les industries stratégiques que sont : le tourisme, le luxe, les nouvelles technologies, l’agriculture et tout ce qui concerne l’alimentaire.

Car un container partant de Chine pour l’Europe, ne devrait plus revenir à vide comme souvent aujourd’hui. Lorsque les chinois achètent des terres agricoles en France, ça n’est pas pour revendre les récoltes localement, mais bien pour les envoyer en Chine et approvisionner les “greniers” chinois.

Grâce à tous ces nouveaux centres logistiques, la Chine s’assure de maintenir la paix dans toutes les zones géographiques où elle a investi : “Qui veut la paix, prépare la guerre”, ou encore “remporter une bataille, sans combattre, c’est la plus belle des victoires”.

Grâce aux voies de chemin de fer qu’elle a construites, ses entreprises pourront livrer leurs productions, qu’elles soient fabriquées en Chine ou ailleurs, directement au centre de dispatch.

Les prises de participations quant à elles, permettent de faire de la veille, d’être au courant des tendances des marchés, d’être un partenaire. Comme lors d’une partie de go, le but n’est pas de faire perdre son adversaire, il ne s’agit pas d’échecs, mais de l’encercler et d’avoir un territoire plus important que le sien pour le dominer.

En investissant 1000 milliards de dollars dans des projets d’infrastructures en dehors de ses frontières, la Chine souhaite réduire la distance qui la sépare des autres pays. Une fois encore, c’est le Pragmatisme qui prévaut : « soit proche de tes amis et encore plus proche de tes ennemis ».

Les Chinois appliquent merveilleusement ce précepte américain “ Golden rule nb1: Who has the Gold … set the rules”. Ces contrats sont rédigés avec un droit chinois et des clauses de remboursement qui si elles ne sont pas respectées de façon classique demandent le transfert de l’infrastructure à une société d’État chinoise.  A ce titre, il faut lire cet article du New York Times qui explique par le menu détail comment le port du Sri Lanka est devenu 100% Chinois après quelque années et en jouant une partie stratégique d’encerclement. In fine, ceci a permis d’y accueillir un sous marin chinois le jour de la visite du Président Li Yinping à son homologue Indien à quelque 300 km de là.  De même la “Pax China” fait son effet dans des pays pays comme le Kazastan où les chinois expliquent à leurs hôtes que la corruption par exemple, ou encore le terrorisme sont des repoussoirs du business et que c’est donc au gouvernement local de faire le ménage s’ils veulent continuer à recevoir des prêts chinois.

Donc c’est un véritable plan Marshall qui doit être terminé en 2049  mais qui comme nous allons le voir apporte déjà des projets sensible dans la supply chain de Decathlon

Pour rappeler les ordres de grandeur, Decathlon doit achalander ses 1360 magasins dans le monde avec une majorité de produits à ses marques dont 48 % proviennent de Chine. Cela représente un trafic de 800 containers par mois.  Par le passé, ces containers partaient par bateau de Shanghai pour arriver à Rotterdam où ils étaient ensuite transférés par route dans les entrepôts de Lille. Le temps de transit total était de 41 jours

A partir de 2017, le transfert par voie ferrée de bout en bout soit 10 300 km de Wuhan à Lille devient possible. Grâce aux projets d’infrastructures notamment d’homogénéisation des rails sur les 7 pays traversés, le transits en train  réduit le temps de parcours à 26 jours. En 2018 Décathlon a réussi à réduire ce temps à 21 jours en montant son premier train bleu avec 40 containers 100 % Decathlon .

Enfin le plan à 5 ans du gouvernement chinois promet un temps de parcours dès 2021 à 5 jours dans 3 ans !  Pour comprendre l’impact en matière de Supply Chain mais surtout en matière de réactivité produit et de temps de développement, il faut savoir qu’un temps moyen de fabrication pour un lot de produits comme des chaussures et de 15 jours. Donc avant quand le bateau faisait le tour par le cap, c’était un temps minimum depuis la commande jusqu’à la mise en stock de 56 jours (41 jours + 15 jours) qui demain en 2021 pourra être ramené à 20 jours.( 15 + 5)

Du côté du gouvernement Chinois il y a aussi une belle anticipation: dès aujourd’hui et demain encore plus, la Chine ne sera plus le producteur à bas coût local en Asie; elle devra appuyer sa supply chain sur des nouveaux pays émergents que sont aujourd’hui le Pakistan, le Vietnam ou le Bangladesh.  De même, Decathlon conscient de cette réalité et fidèle à sa mission de “ rendre le sport accessible aux masses ”, doit bien évidemment veiller à rester très compétitif au niveau prix et donc explorer ces nouvelles opportunités..

Contrairement à certains de leurs concurrents qui déménagent de façon brutale leur site de la Chine vers ces nouveaux pays à bas coût en provoquant à juste titre pas mal de désarroi et d’incompréhension, Decathlon lui a une autre stratégie. Il considère que la relation de codéveloppement qu’ils ont construite avec leurs fournisseurs locales et beaucoup plus importante et porteuse de valeurs par rapport à la simple réduction de cout court terme ( sur rappelons-le un total de 7 € de coût de fabrication pour une chaussure de sport).  Donc ils disent à leurs partenaires que c’est à eux d’aller se développer à l’international et notamment dans les pays à bas coût pour rester compétitif.

Une fois relocalisé une partie de sa production, le partenaire fabricant chinois rapporte vraisemblablement celle ci vers la Chine, pour ensuite reprendre cette infrastructure route de la soie vers l’Europe avec transit de 5 jours.

Belle convergence des  stratégie moyen terme

  • de Decathlon qui maintient à terme sa relation avec son partenaire pour du co-développement
  • du gouvernement Chinois qui arrive à conserver ainsi une part de la Valeur ajoutée en Chine !

 

Pour InnoCherche – Septembre 2018

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