Gros effet waouh avec la rencontre d’un professeur du IIT Madras (Prof Gaurav Raina, ancien de Cambridge, désormais en charge du Department of Electrical Engineering at IIT Madras: entrepreneurs, 2 startups) qui nous annonce le développement prévisible de l’Inde d’ici trois ans grâce au déploiement programmé de la 3G et la 4G par le gouvernement Indien. Ainsi 600 millions d’Indiens vont être connectés aux réseaux et rejoindre la collaboration mondiale de masse. Cela va être un boom extraordinaire pour la Fintech d’un côté et aussi l’Edtech de l’autre.

Alors commençons par la Fintech et reprenons la situation actuelle.  Aujourd’hui 1% des gens en Inde ont une carte VISA, 30% ont un compte en banque et environ 40% ont un mobile. Donc dans 3 ans, on passera à 95% de pénétration du mobile… et sans doute 95% de bancarisation.

Pour préparer cette révolution, IIT Madras a fait les spécifications pour le gouvernement d’une plateforme d’interopérabilité pour toutes les banques sous l’égide de la Bank of India. C’est un cas de “leapfrogging” qui est tout à fait impressionnant.

Ainsi aujourd’hui en Inde, avec votre smartphone et votre compte en banque dans une des 80 banques membres du réseaux, vous pouvez envoyer de l’argent à qui vous voulez, quasi sans frais et la transaction a lieu immédiatement sans attendre 24 heures. Soit vous donnez votre e-mail @bankofindia, soit  votre numéro de téléphone et bien sûr vous recevez la confirmation de votre transaction.

Quand vous voulez payer une facture à la fin du mois pour vos achats, vous faites de même et vous répondez “OK” pour le paiement avec un code et double authentification avec soit de la biotech soit un envoie de sms.

Aujourd’hui les transactions sur la plateforme sont en train de croître à 20 % mois après mois et représentent au niveau d’aujourd’hui 4 % du PNB. Donc vous l’avez compris, c’est un système de bancarisation ultra rapide et beaucoup plus sophistiqué que celui de MPSA en Afrique (pour MPSA, ce sont les opérateurs téléphoniques qui jouent le rôle de banque alors que là c’est une plateforme d’échange au niveau de la banque centrale avec une interopérabilité).

Les banques ont tout intérêt à jouer le jeu parce que:

  • elles ne sont pas menacées d’être by-passées comme dans un scénario à la Bitcoin ou en France par des concurrents comme le compte Nickel/
  • et elles vont faire des économies: une transaction au guichet leur coûte en moyenne 100 roupies (1,5€) – si vous le faites via un distributeur de billet la facturation  tombe à 20 roupies, et si vous le faites via ce nouveau système le coût  tombe à quelques cents.

Donc voilà, 600 millions d’Indiens qui vont être bancarisés et bien sûr tout ça a été facilité, aidé par

  • la digitalisation des cartes d’identités (Aadhaar) qui a eu lieu au cours des 5 dernières années et qui atteint 98% de la population. Le ministre des finances annonce en Mars 2017 l’obligation de lier son ID avec son tax return. 
  • Et puis dernièrement, par le retrait de toutes les grosses coupures de monnaie indiennes qui a pour effet de tout blanchir et tout passer en électronique. Des nouvelles coupures de 2000 roupies sont sorties alors que les vieilles coupures de 500 et 1000 étaient obsolètes immédiatement. Le gouvernement anticipait que 20% ou 30% des coupures disparaissent. Et en fait non, 99% a été blanchi, en passant pour beaucoup par 40% de prélèvement lorsque les sommes ne pouvaient pas être justifiées (aujourd’hui, le marché noir est estimé en Inde à  50% du PIB).

Premier déclic extraordinaire pour l’économie de l’Inde qui a aussi d’autres répercussions. Deuxième moteur important c’est vraiment aussi le boom de l’Edtech, l’éducation en ligne qui va permettre à ses indiens isolés de rejoindre la collaboration de masse.

En effet ces 600 M d’Indiens qui jusqu’à présent étaient les moins favorisés, ne parlent pas anglais. Ils parlent une des 22 langues locales reconnues en Inde. Donc, pour leur donner accès à COURSERA ou à des cours en ligne avec des professeurs ayant un accent Anglais incompréhensible, cela ne va pas aider.

Concrètement en terme d’entrepreneuriat, comment les indiens s’y prennent. Les grandes universités, comme IIT Madras qui forment autant que toutes les écoles d’ingénieurs françaises, font toutes des tournées des campus américains pour convaincre des post-doc d’origine indienne de revenir au pays avec des titres prestigieux et des salaires qui vont avec.

Ensuite, comme aux US, ils ont toute latitude pour avoir aussi une activité entrepreneuriale.  Prof Gaurav Raina veut accélérer l’accès au savoir et a lancé la plus grande plateforme de MOOC IMAD avec une  formation en ligne ouverte à tous.

Le premier cours  qu’il a fait est tout simple “comment apprendre à développer une app sur votre smartphone”. A l’entrée, aucune sélection et celui qui arrive à avoir ses certificats, aura un stage chez un des grands acteurs de l’IT comme Microsoft, Infosys ou Tata. Pour cette première promotion, il a eu 90 000 élèves qui se sont présentés. D’ici 2 à 3 ans il compte former 250 000 élèves/an.

Encore une fois ici,

  • personnalisation par rapport aux besoins de locaux, personnalisation en terme de langue. Pour ce faire, il lance un  crowdfunding en demandant à ceux qui ont bénéficié de la formule de financer un tout petit peu pour traduire les cours dans les 22 langues que reconnaît la constitution indienne plus quelques dialects locaux.
  • on mesure la taille du marché local … et comme quoi le local suffit. A la question sur ses contacts sur Hipay pour le paiement digital aux USA, ou sur ses contacts avec Coursera un des leaders du MOOC aux USA, … le même regard ébahi qui semble dire “ à quoi bon, ici le  marché et bien suffisant et pas la peine de se compliquer la vie avec tous ces standards internationaux ?! ”

 

InnoCherche – Juin 2017