Bonjour à tous,

Nous avons participé le 6 mars au Grand Débat National des Think Tanks du numérique, à Télécom ParisTech.

Le rapport de cette soirée va être remis en main propre cette semaine à Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique.  Il y trouvera entre autres nos 4 propositions, toutes intimement liées entre elles, et qui reflètent notre travail de veille : 

1 – Restaurer la confiance en créant un Internet Européen
2 – L’Etat devient tiers de confiance, garant de mon identité et de la sécurité digitale
3 – Vers une mobilité pour tous d’ici 10 ans
4 – Digital pour tous : créer une “atmosphère digitale”

Bonne lecture et à bientôt!

L’équipe InnoCherche

Proposition 1 – Restaurer la confiance en créant un Internet Européen

Nous réalisons aujourd’hui que l’Internet occidental dans lequel nous évoluons en Europe, est basé sur l’anonymat et la défiance, avec tous les travers que nous subissons (Fake News, atteinte aux libertés, exploitation des données personnelles …).  L’ADN américain sur lequel Internet a été conçu ne pourra que peu évoluer (malgré les efforts de la Californie pour adopter une forme de RGPD), essentiellement à cause du 1er amendement de la Constitution américaine qui garantit la liberté de parole, et ceci même si le propos peut être une incitation au désordre public et à la haine.

Au niveau mondial, il y a aujourd’hui 3 “Internets” (le Russe, le Chinois et l’Occidental). L’Internet Occidental mêle l’Internet européen et américain. Notre proposition serait de créer un Internet Européen, en nous séparant de l’Internet occidental actuel, sous contrôle et influence américains. Ce nouvel Internet européen, basé sur nos valeurs, serait bien évidemment compatible RGDP, mais serait également le reflet digital des valeurs que nous partageons dans le monde physique, à savoir la connaissance de la personne et la confiance.  (voir Proposition 2)

Proposition 2 – L’Etat devient tiers de confiance, garant de mon identité et de la sécurité digitale

Dans sa mission régalienne, l’État a pour mission de donner, puis de permettre et reconnaître, l’identité des Français. Aujourd’hui, cette reconnaissance de l’identité individuelle dans le monde physique n’est plus suffisante; il faut désormais que l’État s’engage et permette cette reconnaissance forte dans le monde digital en garantissant ma signature digitale.

C’est tout le travail à faire autour de la Frenchroad, en utilisant les avancées réalisées dans ce domaine par l’Estonie. En lançant la XRoad en 2002, l’Estonie nous a montré les conditions pour réussir une adoption massive  d’un état digital avec plus de 92% des citoyens l’utilisant (déploiement réussi grâce à la tenue des 2 promesses initiales : demander une information une seule fois et transparence).

Après 8 ans, Le résultat est tout à fait probant :

  • En terme de qualité, l’Estonie se retrouve souvent dans le top des classements mondiaux quel que soit le domaine.
  • En terme de coût, l’Estonie est devenu un état très performant –  malgré leur petite taille et leur faible densité de population –   avec uniquement 2,2%  de la population estonienne travaillant pour l’Etat alors qu’en France nous sommes à 7,7 % (Chiffres européens).

Ce faisant, l’Etat  français remplira aussi sa mission de sécurité nationale en pilotant et coordonnant la défense en matière de cybersécurité.  La cyberguerre n’est pas une menace future mais une réalité quotidienne et il faut rappeler qu’aujourd’hui la cyber défense devrait être une de nos premières préoccupations avec un coût avoisinant déjà les 4 % du PIB (soit plus que la R&D et la Défense Nationale).

Plus d’infos sur l’Estonie, suite à notre voyage sur place :

Proposition 3 – Vers une mobilité pour tous  d’ici 10 ans

La transformation de la mobilité est la plus belle transformation promise des 10 prochaines années, en termes d’impact sur nos vies et sur l’environnement. Et ceci grâce à toutes les nouvelles technologies. L’enjeu pour nos sociétés est énorme avec des gains espérés en terme de :
– sécurité routière (qui devrait être divisé par dix)
– de coût (économies approchant les 80 % par rapport à la situation actuelle)
– de qualité de vie :  la suppression de 90 % des voitures personnelles en stationnement (95 % du temps dans les villes – et occupant ainsi inutilement près de 30 % des territoires urbains) permet d’envisager pour les urbanistes une réappropriation des villes par les citoyens et non plus par les voitures.

Les quatre recommandations pour y parvenir :

  1. Mobilité pour tous : il faut développer par tous les moyens de nouvelles formes de mobilité en se focalisant d’abord sur  ceux qui n’ont pas ou peu accès à la mobilité aujourd’hui (personne en situation de handicap, personne âgée malade et démunie).
  2. Favoriser toutes les expérimentation locales : libérer les contraintes pour permettre des expérimentations faciles sur les nouvelles formes de mobilité.  Chaque ville a son ADN et doit pouvoir trouver sa solution.
  3. Frugalité : ouvrir l’accès aux données (open data) pour tous les acteurs régionaux, pour qu’ils puissent favoriser  le covoiturage avec des incitations locales et ceci dès aujourd’hui.
  4. Réduire les mobilités subies  : sans retourner à l’âge des cavernes, il faut réduire le besoin de mobilité (plus de télétravail, relance des commerces de proximité…)

Pour aller plus loin :

Proposition 4 – Digital pour tous: créer une “atmosphère digitale”

Pour permettre à toute la population française de bénéficier des avancées d’un Etat digital performant et d’une mobilité pour tous, il faut que l’État tire les enseignements des échecs des plans câble successifs qui promettaient un accès pour tous à l’Internet haut débit par le sol … et  change d’approche en créant une “atmosphère digitale”,  disponible sur tout le territoire (autre technique qui passerait par l’air et non plus par le sol).

Pour mettre en place cette “atmosphère digitale”, il convient de réfléchir à son financement. Il semblerait logique de faire supporter ce coût  à travers une couverture minimum garantie et gratuite pour tous. Le financement pourrait être assuré de diverses façons :
– soit, par une taxe sur les GAFAs, difficile à mettre en place de façon isolée;
– soit, en remplaçant la redevance télévision. Celle-ci est de moins en moins utilisée par les jeunes générations qui ne regardent plus la télévision linéaire, alors qu’ils ressentent un besoin vital de connexion à l’Internet.

Par ailleurs, cette “atmosphère digitale” permettrait de garantir, au-delà de l’accès à Internet pour tous, l’éducation à Internet pour tous : l’éducation à l’usage, aux comportements et aux risques.

InnoCherche – mars 2019